Mardi 5 Mai 2026
Le livre d’Edward O. Wilson* « Consilience » paru en 1998 et traduit en français sous le titre « L’unicité du savoir » en 2000, consacrait un chapitre à « L’esprit … qui comprend la conscience et la pensée rationnelle » dans lequel il exposait sa conception de l’origine du cerveau, les difficultés posées par son étude, son optimisme sur l’explication scientifique de son fonctionnement.
Pour E.O. Wilson, qui est matérialiste, « les processus mentaux ont un soubassement physique et sont cohérents avec les sciences de la nature » se méfie de la démarche introspective qui va en général dans la mauvaise direction. En fait pour lui, le cerveau est aussi le résultat de l’évolution biologique « c’est une machine qui n’est pas faite pour se comprendre mais pour survivre… Il porte attention aux portions du monde qu’il doit connaître pour vivre jusqu’au lendemain et ne s’occupe pas du reste ».
Ce chercheur considère que sur ce sujet, les questions importantes sont posées et que l’on doit, tôt ou tard, pouvoir y répondre en l’occurrence « quels sont les évènements cellulaires qui composent l’esprit ?»
Il décrit alors le cerveau comme un problème d’ingénierie : l’unité de base le neurone qui reçoit des informations et peut en renvoyer ; le câblage : les axones qui transmettent un signal électrique ; les connexions : les synapses avec leurs neurotransmetteurs. Le cerveau lui-même et ses divisions primitives sont issus de l’évolution.
Maintenant qu’est-ce que la conscience ? Il y une convergence d’opinions qui la considèrent comme la représentation codée des impressions sensorielles (provenant donc des organes des sens) et aussi de leur mémoire, tout cela crée des scénarios qui se déroulent dans le temps : « La conscience est le monde virtuel composé par les scénarios ». En dernier lieu il examine les problèmes délicats qui sont déjà à l’étude: « comment le cerveau répond aux stimuli sensoriels, comment il intègre les informations dans des structures, comment il convertit ces dernières en mots ». Le problème majeur qui reste à expliquer est le passage de la conscience vers les sentiments subjectifs et notamment le libre arbitre.
E.O. Wilson qui adhérait aux idées des Lumières et avait suivi et participé à la révolution biologique du 20ème siècle avec le développement de la biochimie et l’explication de l’hérédité, était conscient que l’abord scientifique de questions qui jusqu’ici relevaient de la philosophie serait fertile mais critiqué. Ne dit-il pas dans le même chapitre : « Cet élan est occidental, si l’on veut. Il est andro-centré. Il est colonialiste. Peut-être.»
Qui pouvait émettre de pareilles critiques ? Au moment de la rédaction du livre, commençait à poindre aux Etats Unis le Wokisme discours philosophique se voulant attentif aux revendications minoritaires : l’homme blanc hétérosexuel occidental a exercé sa suprématie sur des minorités raciales et sexuelles, il faut inverser cette anomalie.
E. O. Wilson n’était pas inquiet « Cet élan… est propre à la nature humaine » dit-il ; c’est désormais autour des sciences du cerveau que se dirige la recherche.
* Edward O. Wilson
« L’unicité du savoir » Editions Robert Laffond, Paris 2000
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