Quelle est la part génétique associée à la durée de vie?

Jeudi 5 Mars 2026


La durée de vie d’un individu résulte de mécanismes biologiques conservés donc génétiques qui régulent le vieillissement, et de facteurs environnementaux notamment le mode de vie de chaque individu. Peut-on séparer ces sources de variabilité ou tout au moins avoir une mesure de l’importance de l’effet génétique qui lui ne peut être corrigé ? 

Plusieurs gènes interviennent dans l’expression de la longueur de la vie, les uns ont un effet positif les autres négatifs, ce déterminisme plurifactoriel  a été étudié en « génétique quantitative » ; celle-ci ne dit pas quel est l’état génétique d’un individu pour le caractère quantitatif étudié, elle établit l’héritabilité du caractère qui est le rapport de la variance attribuable aux effets génétiques dans la population  à la variance totale du caractère dans cette population.

La plupart des études anciennes sur l’héritabilité de la durée de vie donnent des valeurs faibles pour ce rapport : entre 13% et 33%. Une étude récente l’estime même entre 6% et 16%. Tout cela jette un doute sur le rôle que joue l’hérédité sur le vieillissement car ces résultats sont largement en dessous des autres caractères physiologiques chez l’être humain (49%) et même sur une étude faite en laboratoire sur des souris sauvages (38% à 55%). Des Chercheurs* ont dans une nouvelle étude corrigé les biais possibles qui affectaient ces valeurs, nous résumons ici leurs nouveaux résultats.

Les auteurs de l’étude séparent la mortalité extrinsèque relative aux décès causés par des facteurs provenant de l’extérieur du corps : accidents, homicides, maladies infectieuses, hasards environnementaux, de la mortalité intrinsèque  provenant de l’intérieur du corps : mutations génétiques, maladies associées au vieillissement, déclin des fonctions physiologiques. Un autre facteur important est l’âge minimal auquel les individus doivent être vivants pour être inclus dans l’étude. Ces deux facteurs n’avait pas étés pris en compte jusqu’ici.

Sur plusieurs cohortes de jumeaux (deux Danoises : relevés établis  sur de vrais jumeaux et de faux jumeaux nés de 1870 à 1900 ; deux Suédoises : relevés établis sur de vrais jumeaux et faux jumeaux nés de 1886 à 1925 ; trois autres Suédoises issues d’un registre de l’Adoption Suédoise   soit : deux relevés sur de vrais jumeaux et un relevé sur de faux jumeaux nés entre 1900 et 1935),   les auteurs ont montré que la non prise en compte de la mortalité extrinsèque  entraîne une estimation de l’héritabilité de la durée de vie assez faible : respectivement pour les différentes cohortes : 23%, 35% et 33%. Par contre la suppression de la mortalité externe, non connue dans le relevé des cohortes, estimée de valeur annuelle constante dans les modèles de l’étude, fait progresser la valeur de l’héritabilité à 57%, 56% et 53%. Enfin, ils ont montré que l’âge minimal des individus au-delà duquel ils sont  pris  dans l’étude n’a qu’une influence faible sur l’héritabilité.

En définitive, l’étude conclut à une héritabilité réelle de la durée de vie de 53% ce qui est presque le double des héritabilités qui avaient été calculées initialement. Ce résultat laisse à penser qu’il sera difficile d’atteindre un grand âge simplement en adoptant un mode de vie disons modéré puisque l’influence génétique y est importante et donc non modifiable.

 

* Ben Shenhar et al, Science 29 janvier 2026, pp. 504-510.




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