La domestication de la vigne.

Lundi 3 Juillet 2023


Nos espèces domestiques ont beaucoup changé depuis que l’être humain, au Néolithique, a inventé l’agriculture. Elles sont passées du stade naturel sauvage au stade d’adaptation aux besoins agricoles et humains. Cette transformation s’est faite à partir de prélèvement dans les sources situées aux centres d’origine des espèces, d’améliorations génétiques, enfin elles ont été transportées  et échangées par l’homme. Que s’est-il passé avec la vigne ; des chercheurs* ont essayé, à partir d’analogies génétiques, de retrouver d’où viennent les cépages qui sont utilisés maintenant et comment ils se sont diversifiés au cours du temps. Nous allons donner ici les principales étapes de ce parcours.

La vigne que nous cultivons Vitis vinifera est une espèce monoïque et hermaphrodite (les fleurs de chaque pied  portent à la fois les éléments mâles qui fournissent le pollen et femelles qui fournissent les ovules), elle est aussi auto fertile c’est-à-dire qu’elle se féconde par son propre pollen. On sait aussi que Vitis vinifera provient d’une espèce sauvage : Vitis sylvestris ; mais celle-ci est dioïque, il y a des pieds mâles qui fournissent le pollen est des pieds femelles. Il est sans doute apparu, à un moment donné, des pieds monoïques chez cette espèce sauvage qui est la source de notre espèce cultivée. Notons que cette possibilité est fréquente chez les espèces dioïques ; ainsi le Kiwi cultivé est une espèce dioïque, sa culture se fait en mélangeant des pieds mâles parmi les pieds femelles ; mais on vend aussi des variétés monoïques qui n’ont pas besoin de pollinisateurs.

Pour établir les différentes étapes du processus de domestication les chercheurs ont utilisé 2503 clones de V. vinifera et de 1022 clones de V. sylvestris provenant de tous les pays où la vigne est cultivée. Sur chacun on a, par séquençage de l’ADN, recherché le polymorphisme mono-nucléotidique et les insertions ou délétions bi alléliques (altérations de l’ADN sur de courtes séquences) ; c’est sur cette variabilité qu’est basée l’étude. 

Comment a évolué V. sylvestris ? L’espèce s’est scindée en deux branches au paléolithique il y a 200 000 ans. La source orientale comprend des écotypes sauvages provenant du Caucase et de l’Asie Occidentale (Jordanie, Liban, Syrie, Israël, Anatolie Turque) la source occidentale comprend des écotypes sauvages provenant de l’Europe Centrale et de la Péninsule Ibérique. La source orientale s’est à son tour scindée il y a 56 000 ans à la fin du paléolithique en deux branches Syl-E1 et Syl-E2.

Selon les auteurs de la publication, la source occidentale de V. sylvestris, peu diversifiée, n’est intervenue dans la domestication que par introgression (prélèvements par croisements dispersés dans le temps  de gènes dans une population source). La source orientale, avec le climat humide du début de l’holocène il y a 11 000 ans, s’est  le plus diversifiée et  répandue de l’Asie centrale à la péninsule Ibérique. C’est à elle que nous devons les V. vinifera que nous cultivons aujourd’hui. De la sous branche orientale Syl-E2 on a extrait le groupe cultivé GC2 de vignes à vin du Caucase ; de la sous branche orientale Syl-E1 on a extrait le groupe cultivé GC1 des vignes de table largement distribué en Europe occidentale, le groupe cultivé GC3 de vignes de table et de vignes à vin largement distribué dans l’Europe occidentale et au proche orient, le groupe cultivé GC4 de vignes à vin des Balkans, le groupe cultivé GC5 de vignes à vin de la péninsule Ibérique et le groupe cultivé GC6 de vignes à vin d’Europe occidentale. Les auteurs notent qu’il n’y a pas eu extraction des vignes à vin des vignes de table ; dès le départ leur origine était différente (GC1  et GC3), la publication insiste sur la dualité des sources.

On peut s’étonner tout de même, du fait de la richesse en variétés cultivées de vignes de la France, l’Italie et l’Espagne, que l’Europe occidentale ne doive sa viticulture qu’à des apports orientaux ; la source occidentale de V. sylvestris était-elle si pauvre que les agriculteurs du néolithique n’y ait pas puisé ? Ou a-t-elle été sous représentée dans l’étude ?

 

*Yang Dong et al. Science 3 Mars 2023, N°6635, pp. 892-901




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